couv 20 ans bassin minierÀ mi-chemin entre les vingt ans de sa création en 2020 et leur célébration en 2022, la Mission Bassin minier vient d’éditer un livre retraçant la mutation du bassin et sa reconquête.

 

Santé et cohésion sociale

Santé et cohésion sociale sont convoquées dans ce livre célébration au titre des défis du bassin minier que la mission éponyme souhaite relever dans les années à venir.

Ainsi en est-il de ce que les auteurs qualifient d’« anomalie » de santé. Ils montrent ainsi que même si la situation de la santé des populations de bassin s’est améliorée, la situation reste toujours préoccupante. Et de souligner avec quelque raison que l’espérance de vie actuelle est celle de la France d’il y a trente ans malgré des progrès en matière de démographie médicale. Mais lorsque les ressources disparaissent, elles le font de manière plus rapide qu’ailleurs dans les Hauts-de-France.

 

Paiuvtré et illectronisme : les obstacles au recours aux soins

Le défi de la cohésion et de la solidarité répond en miroir aux difficultés rencontrées : l’exclusion sociale, reliée à la pauvreté, est alimentée par l’histoire industrielle du bassin, un taux de chômage élevé, un faible taux d’activité des femmes, une hausse du nombre de familles mono-parentales ; ou encore par manque d’un travail pérenne et d’un logement décent. Auquel vient s’ajouter pour ces personnes déjà très fragilisées un fort taux d’illectronisme, que les auteurs analysent comme obstacle au recours aux soins et à la santé. Devenues « invisibles » des politiques publiques, elles ne peuvent ou ne savent accéder aux dispositifs mis en œuvre.

 

Vers une ingénierie santé

Tournés vers l’avenir, les auteurs voient dans le développement de l’ingénierie « santé » une solution de nouveaux modes d'organisation tant pour le soin que pour la prévention. Évoquant les contrats locaux de santé, les conseils locaux de santé mentale et autres projets locaux de santé, il reste cependant, écrivent-ils, « à établir les bilans de leurs impacts, à en débattre et à en assurer la diffusion. »

Complémentaire au livre, un film a été réalisé à partir d’archives, d’interviews d’acteurs clés sur le territoire et de grands témoins de l’Histoire du Bassin minier. Il livre une page d’histoire du territoire dans lequel la Mission Bassin Minier occupe une place particulière dans un paysage institutionnel et technique qui n’a eu de cesse d’évoluer.

 

 

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La Mission Bassin Minier : 20 ans

Regarder le film

 

 

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Lutte contre la pauvreté - rapport régional

Bassin minier : territoire démonstrateur de la lutte contre la pauvreté

logo Ministere Solidarites SanteLe Ségur de la santé a offert l’occasion d’inscrire le modèle de la « santé participative » dans le système de soins via les centres et maisons de santé.

 

Les centres et maisons de santé « participatifs » s’adressent en priorité aux territoires défavorisés, dont une partie de la population présente un état de santé plus dégradé du fait de leur précarité, de leurs difficultés à accéder à l’offre de prévention et de soins et aux droits sociaux. Les habitants des quartiers prioritaires rencontrent fréquemment des problématiques de santé liées à la précarité : surpoids des enfants, affections bucco-dentaires non prises en charge et prégnance des souffrances psycho-sociales, renoncement aux soins et moindre recours aux dépistages (Observatoire national de la politique de la ville).

 

Le modèle de la « santé participative » apporte une réponse par un accompagnement médical, psychologique et social. Il a fait la preuve de son efficacité aux États-Unis, Canada et au Brésil.

 

En allant-vers les usagers, en mettant en place des espaces de paroles, des actions de médiation en santé, avec des services d’interprétariat professionnel, les centres et maisons de santé « participatifs » prennent en compte l’ensemble des problématiques des personnes tout en les rendant actrices de leur propre santé.

La phase expérimentale durera deux ans pour 20 structures.

 

 

Carte MSP HdF Fevrier 21

 

 

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Appel à projets maisons de santé participatives

 

 

Philippe Lorenzo

Pouvez-vous présenter ce qu’est Onco Hauts-de-France, c’est-à-dire le réseau régional de cancérologie ?

 

Pr Arnaud Villers 2018Pr Arnauld Villers

 

Le réseau régional de cancérologie des Hauts-de-France ne prend pas directement en charge de patients. Sa première mission est de contribuer à la coordination de l'organisation régionale de l'offre de soins en cancérologie et à sa lisibilité. C’est donc un espace d’échange de pratiques professionnelles et d’information notamment sur l’usage de protocoles et de référentiels communs. Il contribue à la formation, l’information, des professionnels comme des patients, et l’évaluation et agit ainsi dans une logique de coordination des acteurs du soin. En faisant cela, il cherche à garantir l’équité de tous pour l’accès aux soins ainsi que la qualité et l’égalité dans la prise en charge des patients.

 

 

 

Philippe Lorenzo

Comment s’est déroulée la fusion des deux anciens réseaux ?

 

Pr Arnauld Villers

La fusion des régions a nécessité une réorganisation des réseaux régionaux de cancérologie. Sous l’impulsion de l’ARS, un rapprochement des deux réseaux OncoPic et Onco Nord – Pas-de-Calais a débuté dès 2016. Cela a abouti à la création Onco Hauts-de-France en septembre 2018. Le réseau Onco Hauts-de-France est animé par l’ensemble des exercices professionnels et notamment les usagers, les soignants médicaux et non médicaux, c’est très important que tous les acteurs soient représentés et c’est inscrit dans les statuts mêmes de l’association.

 

Philippe Lorenzo

Comment le réseau fonctionne t-il ?

 

Pr Arnauld VillersOncoHdF

Pour poursuivre sa mission, Onco Hauts-de-France a deux outils à sa disposition. Le premier est la réunion de concertation
pluridisciplinaire (RCP), le second, le dossier communicant en cancérologie (DCC). La RCP est une réunion au cours de laquelle les différents acteurs sont réunis pour proposer, à partir des données du dossier patient, une prise en charge thérapeutique. Un annuaire des professionnels de santé recensant l’ensemble des référents organisateurs de RCP de la région Hauts-de-France est mis à disposition des professionnels.

 

Des fiches ont également été créées par localisation de cancers synthétisant par patient l’ensemble des informations socio-démographiques, cliniques, paracliniques ainsi que les propositions de prise en charge. Il en existe une petite vingtaine sur les cancers thoraciques, du sein, du côlon, en urologie, etc. Ces fiches, écrites avec les professionnels, aident à standardiser et à faire les informations. C’est l’objectif du dossier communicant en cancérologie qui est un système d’information régional avec la saisie numérique des fiches RCP et les regroupent au sein de de l’infocentre destiné au recueil des indicateurs d’évaluation des RCP.

 

L’informatisation de ces fiches permet un partage sécurisé de l’information médicale entre les professionnels de santé d’hôpital et de ville, notamment avec le médecin traitant afin d’assurer une prise en charge coordonnée, continue et de qualité. Bien évidemment, toutes les informations sont récoltées avec le consentement du patient.

 

Philippe Lorenzo

Vous parliez d’actions de formation. Quelles sont-elles ?

 

Pr Arnauld Villers

Le réseau est actuellement en réflexion pour poursuivre son action de formation des acteurs de terrain non soignants. J’ai participé aux formations en Nord – Pas-de-Calais et je confirme que ça avait été important dans l’adhésion aux recommandations pour le dépistage organisé. Ces acteurs sont par exemple des habitants ou des personnes relais. Il y a eu une dizaine ou une quinzaine d’années, ces formations avaient permis de pouvoir animer des réunions locales dans les quartiers ou les villages sur le dépistage et de pouvoir répondre aux questions des habitants, de les écouter et de les orienter. Ces actions de sensibilisation et d’échange sont certainement très efficaces pour les personnes qui hésitent ou qui n’arrivent pas bien à se documenter. Ces personnes relais avaient elles-mêmes bénéficié d’une formation que nous avions organisée. Elles pouvaient aussi traduite les documents officiels.

 

Les formations d'habitants relais

permettent d'animer des réunions locales

dans les quartiers ou les villages

sur le dépistage

et de répondre aux questions 

 

 

 

Philippe Lorenzo

Et du côté de la recherche ?

 

Pr Arnauld Villers

Onco Hauts-de-France participe à des études ou en réalise. Nous sommes impliqués au niveau national, international mais aussi local. Dans le cadre du G4 qui regroupe les quatre CHU d’Amiens, Caen, Lille et Rouen pour l’interrégion Nord-Ouest, le projet de fédération hospitalo-universitaire Depcan a été retenu. Il est intitulé Pour un dépistage des cancers utile pour les individus et la société. Il devrait aboutir à des recommandations régionales, des propositions de formation. Une autre est en cours en addictologie sur les liens avec le tabac. Au niveau local, le Dr Olivier Leleu, chef de service ce pneumologie à l’hôpital d’Abbeville, mène une étude sur le dépistage du cancer du poumon qui est en cours de publication.

 

Philippe Lorenzo

Au niveau européen, la lutte contre les cancers est une priorité affichée depuis de nombreuses années. Quelles sont les avancées actuelles s’il y en avait ?

 

Pr Arnauld Villerslogo cancer bandeau Union europeenne

En 2022, la Commission devrait proposer de mettre à jour la recommandation du Conseil de 2003 sur le dépistage des cancers de garantir la prise en compte des dernières preuves scientifiques disponibles et sur son extension possible. Ces preuves sont déjà discutées au cours de trois ateliers entre septembre et novembre 2021. Le premier atelier portait sur la base scientifique de l’extension des dépistages et leur faisabilité, le deuxième sur le développement les dépistages organisés actuellement recommandés à l’ensemble des États membres et le troisième sur les éléments scientifiques à considérer et les meilleures pratiques pour optimiser les dépistages, y compris les nouvelles technologies. Ce travail sera formalisé en février 2022 dans un rapport produit par les académies européennes (SAPEA), puis un avis scientifique sera donné par le groupe des conseillers scientifiques en chef sur le dépistage du cancer. La proposition de la Commission européenne de mise à jour s’ensuivra.

 

Philippe Lorenzo

À quels cancers se réfèrent la Commission pour étendre le dépistage ?

 

Pr Arnauld Villers

Effectivement, c’est l’objectif de cette démarche que d'envisager l'extension du dépistage des cancers aux cancers de la prostate, du poumon et de l'estomac, et d'autres cancers s'ils sont étayés par des preuves scientifiques. Une série de présentations et de discussions a lieu actuellement pour déterminer cette base scientifique et pour s’assurer de la faisabilité de ces nouveaux dépistages dans toute l'Union.

Il y a actuellement un parcours très vertueux sur le plan scientifique qui nécessite d’avoir recours à une batterie d’examens complémentaires pour savoir qui pourra ou non bénéficier d’un acte thérapeutique. Le coût est pharamineux et les ressources sont insuffisantes. Il y a donc un objectif économique certain. La Commission considère ainsi que le coût pour implanter avec succès les programmes de dépistage serait de l’ordre de 10 % à 20 % du coût total d’un dépistage.

À partir de ces nouvelles lignes directrices sur la prise en charge du cancer de la prostate, il faudra qu’en 2026, qu’au moins cinq États membres de l’Union les intègrent et qu’on mesure immédiatement une diminution de 50 % de sur-diagnostics et de sur-traitements. Actuellement, sur cent personnes dépistées, vingt ont un sur-diagnostic ou un sur-traitement. Il faudra passer de vingt à dix. En 2027, il y aura généralisation à tous les États membres qui devront alors se doter d’une stratégie claire pour la détection précoce stratifiée du risque du cancer de la prostate chez tous les hommes ayant 50 ans.

 

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L'organisation autour des cancers : entretiens


Philippe Lorenzo

Pouvez-vous décrire ce comment s’est formé le centre de coordination de dépistage des cancers en région Hauts-de-France

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Le centre régional de coordination de dépistage des cancers (CRCDC) Hauts-de-France est issu de la transformation profondeJL Dehaene d’une organisation qui était basée sur des structures départementales autonomes. Elles respectaient bien évidemment un cahier des charges assez détaillé et assez strict, mais chacune des structures départementales avait sa lecture propre d’un cahier des charges qui laissait quelques marges de manœuvre.

 

Les autorités de tutelle ont considéré que les structures départementales avaient un fonctionnement très différent et elles ont voulu créer des structures régionales. Cela impliquait évidemment leur fusion en région.

Il n’était cependant pas question de les détruire et de recommencer. Au contraire, il était question de profiter de leur acquis, de leurs compétences et particularités et de leur implantation pour que cela contribue à l’émergence de la structure régionale.

 

Les cinq départements sont globalement hétérogènes, notamment en ce qui concerne la population. Le Nord, c’est à peu près 2,6 millions d’habitants, le Pas-de-Calais 1,5 million et les trois départements picards regroupent 2 millions de personnes. Il a fallu maîtriser cette asymétrie dans l’élaboration des statuts, de l’association ce qui n’a pas toujours été simple. Mais, je tenais beaucoup à une répartition égalitaire entre les cinq départements dans la gouvernance du centre régional de coordination. Nous avons donc deux administrateurs par département, quelle que soit la taille du département.

 

Philippe Lorenzo

Comment justement s’est effectuée la fusion ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Cette fusion s’est déroulée dans des conditions qui n’étaient pas évidente et a été actée au 1er janvier 2019. Il a tout d’abord fallu rédiger des statuts pour une structure régionale qui n’existait pas jusqu’alors. Et il fallait imaginer un fonctionnement harmonieux et efficace. En second point, il a fallu s’atteler aux ressources humaines. Ce fut un travail compliqué puisque les équipes avaient chacune leur vie, leur histoire, leur culture, leur relationnel interne, leur grille de salaires... Chaque structure départementale n’avait pas forcément adhéré à la même convention collective. Pour le centre régional, on s’est rapproché de la convention de la Fehap. Il a donc fallu migrer les contrats de travail des salariés vers des contrats de travail qui étaient harmonisés et qui répondaient aux impératifs de cette convention collective. Malgré la complexité technique, je dois dire que ce travail s’est effectué dans des conditions très correctes. Il y a eu quelques départs mais, globalement, en tant que président, j’ai aujourd’hui la chance de travailler avec des équipes départementales homogènes, compétentes avec des cadres qui ont chacun leur responsabilité, leurs compétences. L’équipe est très investie dans la démarche et s’est immédiatement appropriée le concept régional. Cela signifie avoir en permanence un échange d’informations bidirectionnel entre les niveaux régionaux et départementaux. Cela a mis quelque temps à se mettre en place, mais maintenant tout est réglé.

 

La constitution de notre structure régionale s’est faite sous couvert de l’INCa, de la Direction générale de la santé (DGS) et de l’Assurance maladie qui sont les tuteurs nationaux, et en étroit partenariat avec les tuteurs régionaux, c’est-à-dire l’agence régionale de santé (ARS) et, pour l’Assurance maladie, la direction de coordination de la gestion du risque (DCGDR). Je pense que l’on a su établir un climat de confiance et de crédibilité, ce qui nous a beaucoup facilité les choses. Nous avons un bon dialogue de gestion annuel ; on arrive à se faire comprendre, à fonctionner de façon constructive.

 

 

Nous avions anticipé

la labellisation

en instaurant d’emblée

une procédure qualité

 

 

Philippe Lorenzo

La fusion a-t-elle eu un impact sur les procédures en place, dont la qualité ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Un aspect important pour le CRCDC est de répondre à des critères stricts de qualité. Bien évidemment, le cahier des charges y contraint mais on peut toujours faire un peu de hors piste, le respecter plus ou moins. Les critères de qualité sont inscrits dans les nouvelles missions des centres de coordination par le biais d’une labellisation rédigée et contrôlée par l’INCa. Je ne suis d’ailleurs pas certain que l’INCa puisse être juge et partie... Mais nous avions anticipé la labellisation en instaurant d’emblée une procédure qualité. On a mis rapidement en place un groupe de validation des procédures de qualité qui fonctionne très bien. Ces procédures permettent aux employés administratifs de travailler de façon coordonnée et homogène. C’est un grand motif de satisfaction et j’estime que l’on a bien réussi de ce côté-là.

 

 

Philippe LorenzoCRCDC HdF

Avez-vous réussi à poursuivre les dépistages des cancers à partir du printemps 2020 ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Durant la pandémie, et sans instruction précise de la tutelle, j’ai pris la décision d’interrompre l’activité dès la mi-mars a fermé le centre de dépistage par mesure de sécurité et sanitaire. Le CRCDC a rouvert partiellement à partir du 3 mai, sous couvert d’un comité de pilotage animé par l’ARS et l’Assurance maladie auquel nous participions avec les autres acteurs : les URPS des médecins et autres professionnels de santé, les syndicats, les conseils de l’ordre etc.

La remontée en puissance a été assez rapide et nous avons retrouvé un fonctionnement proche de la normale dans la deuxième quinzaine de mai même si cela s’est fait un peu différemment selon les départements.

 

Philippe Lorenzo

Concernant le dépistage, qu’elle est la réalité des Hauts-de-France ? La participation au dépistage est-elle massive ? Des disparités départementales existent-elles ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Il y a toujours eu des disparités départementales avant la fusion régionale et elles persistent plus ou moins. Mais, globalement, les pourcentages de participation sont à peu près équivalent à ceux nationaux. Je trouve que c’est un motif de satisfaction et à mettre à l’actif des autorités de tutelle régionales et du CRCDC car on sait que les indicateurs de santé publique dans les Hauts-de-France sont généralement mauvais, voire catastrophiques. Ce n’est évidemment pas suffisant.

 

Il y a trois ans, la participation au dépistage du cancer du sein était comprise entre 48 % et 53 % selon les territoires. Depuis, on observe une perte de participation. La concertation citoyenne qui s’est déroulée il y a quatre ans a donné aux activistes de l’anti-dépistage du cancer du sein une tribune je pense importante et qui n’est pas sans effet sur cette perte de participation. Leurs messages étaient vraiment très agressifs et ont dû fait mouche. Malgré tout, toutes les associations restent actives et fonctionnent bien. Avec Octobre rose on espère regagner petit à petit du terrain en redéployant ce que l’on appelle maintenant l’animation territoriale. On se met dans le contexte de « l’aller vers ». On se pose cette question actuellement entre les centres régionaux de coordination, les ARS et l’Assurance maladie. On a défini les grandes lignes de l’animation territoriale qui va se déployer dans les mois qui viennent grâce au recrutement de responsables.

 

Philippe Lorenzo

Et en ce qui concerne le cancer colorectal ?

 

JL Dehaene 2Dr Jean-Luc Dehaene

Depuis le début, le dépistage du cancer colorectal est difficile. Prélever trois échantillons de selles n’était pas très encourageant et beaucoup se refusaient à cette manœuvre. Ce test a été remplacé par un test immunologique qui est plus simple. Avec un seul prélèvement, les personnes adhèrent davantage. Pour des questions administratives, le dépistage a été interrompu pendant plusieurs mois en 2019, puis il y a eu un problème de disponibilité de ce test et, en 2020, l’accès à la coloscopie a été impossible en mars-avril en raison de la pandémie. L’autre problème qui pénalise la participation à ce dépistage, c’est le mode de distribution du test. Le seul moyen d’avoir un test immunologique actuellement c’est de s’adresser à son médecin traitant, et un certain nombre de médecins n’en ont pas. La stratégie décennale de lutte contre le cancer, rédigée par l’INCa, prévoit d’élargir la distribution du test immunologie aux pharmaciens qui sont des professionnels parfaitement indiqués pour cela. Il y aura probablement la troisième voie de la commande en ligne, mais il faut tenir compte des facteurs d’exclusions médicales qui ne peuvent être gérées en ligne.

 

Philippe Lorenzo

En ce qui concerne le dépistage du col de l’utérus ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Nous sommes nombreux à penser que ce test a été mis en œuvre de façon prématurée et avec un cahier des charges qui n’était pas adapté. L’examen phare était le frottis et quelques mois après le déploiement du dépistage, l’HAS a produit une recommandation qui introduisait l’HPV comme test de référence à partir de 30 ans. Cela a perturbé beaucoup de gens d’autant que le dépistage du cancer du col de l’utérus ne s’adresse pas à une tranche d’âge particulière mais aux personnes qui n’ont pas effectué de test de dépistage antérieurement. C’est une procédure très compliquée quelque chose qui est très compliqué surtout pour le CRCDC qui est chargé de recueillir les résultats des tests de dépistage et nous avons bien des difficultés à les obtenir. Ce sont les anatomopathologistes qui doivent nous les envoyer mais qui sont en désaccord avec l’Assurance maladie sur la gestion de ces envois, ce qui fait que nous ne pouvons pas réellement assumer notre mission qui est inscrite en toutes lettres dans le cahier des charges.

 

Un deuxième problème important également qui est très gênant, c’est l’obligation qu’impose la Cnil que les CRCDC maitrisent bien l’accord ou le désaccord des patients pour l’exploitation de leurs données. Nous ne recueillons pas directement cet accord qui est demandé par les médecins prescripteurs ou effecteurs du test de dépistage. S’ils ne cochent pas la case ou si nous n’avons pas retour sur le consentement, nous ne pouvons pas non plus remplir notre mission. Ces obstacles organisationnels sont donc importants, et nous en avions averti l’ARS avant le déploiement de la campagne. On ne peut qu’espérer qu’avec le Ségur numérique de la santé on ira vers une homogénéisation des logiciels, en obligeant les éditeurs de logiciels à faire des logiciels interopérables, ce qui faciliterait la récupération des résultats d’examens. Je n’ai pas encore de réponse précise pour savoir si les CRCDC étaient inclus dans cette démarche d’homogénéisation.

 

 

La deuxième lecture pour le cancer du sein

permet de dépister un certain nombre

de petites lésions ou d’images subtiles

qui ont échappé au premier lecteur

 

 

Philippe Lorenzo

Beaucoup s’étonnent de l’âge d’accès au dépistage organisé du cancer du sein et voudraient qu’il soit abaissé. Pensez-vous que c’est une bonne chose ou que cela n’est pas nécessaire ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Cela rejoint la question du risque individuel. La tranche 50-74 ans a été choisie parce que, à l’origine, on sait que statistiquement les seins restent denses jusqu’à la cinquantaine et que les petites tumeurs, les petites lésions sont beaucoup plus difficiles à voir. Les statistiques tendent à montrer qu’il y a moins d’incidence du cancer du sein après 74 ans, ce qui n’est pas tout à fait exact puisqu’on voit encore pas mal de cancers du sein. Aujourd’hui, l’échographie, la tomosynthèse, l’intelligence artificielle, permettent d’améliorer la détection des petits cancers chez des personnes de moins de 50 ans.

Ce qui est très important pour nous, comme pour le dépistage du cancer colorectal, c’est d’évaluer les facteurs de risque individuel. Il n’est pas logique pour une personne qui a un risque génétique familial important de ne pas bénéficier du dépistage avant 50 ans.

 

Philippe Lorenzo

Peut-on dire qu’il existe une vraie plus-value du dépistage organisé par rapport à une mammographie prescrite par son médecin ou gynécologue ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Historiquement, l’intérêt du dépistage organisé a été d’homogénéiser les pratiques et d’emmener tous les professionnels de santé, radiologues, manipulateurs, médecins traitants et gynécologues dans une procédure de qualité écrite. Cela a permis de progresser de façon significative. Les meilleurs appareils ont été sélectionnés, les professionnels formés.

Ensuite, et spécifiquement pour le dépistage organisé, le radiologue donne un premier résultat en fin d’examen, puis le cliché dossier est transmis au CRCDC pour une deuxième lecture qui est réalisée par des radiologues validés par leurs pairs, parce qu’ils réalisent plus de 500 mammographies par an, en moyenne 2 500. Cette deuxième lecture permet de dépister un certain nombre de petites lésions ou d’images subtiles qui ont échappé au premier lecteur. C’est un gage de qualité et cela améliore la performance du dépistage. On compte en moyenne en France tous départements confondus, plus de 2 000 cancers du sein qui ont été méconnus en première lecture et qui n’auraient pas été vus par une mammographie réalisée hors dépistage organisé.

 

 

Redéployer les ambassadeurs Covid-19

pour le dépistage des cancers

 

 

Philippe Lorenzo

Vous avez abordé l’animation territoriale comme moyen pour accroître le taux de dépistage. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

Il y a beaucoup d’associations. Pour notre part, quand nous sommes sollicités, nous participons à des actions des tables rondes organisées généralement par des associations départementales ou régionales. Nous allons aussi avoir des personnes dédiées à l’animation territoriale, ce qui sort un peu de cadre fondamental de notre action. L’ARS et l’Assurance maladie ont déployé des ambassadeurs Covid pour aller porter l’information sur le dépistage et la vaccination dans les territoires en difficulté et défavorisés. Ils ont fait du porte-à-porte pour informer sur le Covid. La proposition que j’ai faite à l’ARS est de redéployer ces ambassadeurs pour le dépistage des cancers. Ils ont l’habitude des contacts avec la population, ils connaissent leur quartier. Je compte beaucoup sur ce déploiement d’ambassadeurs pour aller faire de l’information locale dans les territoires dits défavorisés, qui ne participent pas bien et que l’on les connaît. On sait où l’on doit préférentiellement aller pour évidemment tendre à réduire les inégalités de participation.

 

Philippe Lorenzo

Avez-vous une connaissance fine de ces territoires en difficulté ?

 

Dr Jean-Luc Dehaene

On porte toujours l’attention sur le bassin minier, qui reste d’une approche compliquée. Mais il y a aussi des quartiers des grandes villes de la région où la participation est catastrophique. C’est difficile d’aller dans ces quartiers, de motiver les gens mais il faut le faire et c’est un des moyens d’améliorer le dépistage. Et dans certaines zones rurales, il y a des difficultés d’accès, de communication, d’information. Cette population a probablement plus besoin que d’autres d’être incitée, informée, accompagnée. Des expériences se mettent en place de pour faciliter l’accès à la mammographie vers les cabinets de radiologie ou les services de radiologie agréés des hôpitaux.

 

 

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Philippe Lorenzo

Pouvons-nous revenir sur le centre Oscar Lambret et ses spécificités dans la lutte contre les cancers ?

 

Pr Éric Lartigau 

DP20160320 193 N1

Les principaux soins du cancer sont apparus dans les années vingt partout en Europe autour de la chirurgie et de la radiothérapie.

Le cancer est devenu une maladie de société et après la seconde guerre mondiale un certain nombre d’établissements se sont consacrés exclusivement à cette prise en charge. C’est ainsi que sont nés les centres de lutte contre le cancer (CLCC) par ordonnance du Général de Gaulle du 1er octobre 1945. Le Centre Oscar Lambret a été officiellement fondé en 1955 sur son site actuel de la Cité Hospitalière à proximité immédiate de l’hôpital Huriez.

 

Les dix-huit CLCC sont aujourd’hui répartis quasiment dans toutes les régions de France. Ce sont des établissements hospitalo-universitaires qui ont dès leur fondation eu le statut établissement de santé privé sans but lucratif, aujourd’hui privés d’intérêt collectif (Espic) participant aux missions de service public. C’est l’État qui gère directement leur fonctionnement et leur bonne gestion et leur conseil d’administration est d’ailleurs présidé par un Préfet. Il n’y a pas d’activité privée, ni de dépassement d’honoraires, ni de reste à charge pour les patients.

Les CLCC poursuivent à la fois des objectifs de soins, de recherche et d’enseignement, tout en s’inscrivant dans une globalité qui traite aussi bien de prévention, de dépistage que de traitement des cancers.

 

Plus de mille

professionnels

de santé

 

Alors qu’historiquement le Centre Oscar Lambret était plus tourné vers le Nord et la Pas-de-Calais, depuis 2016 il répond à sa mission régionale pour des prises en charge et des accompagnements de patients de toute la région Hauts-de-France. Actuellement, ce sont 1 100 professionnels de santé qui travaillent dans l’établissement pour un peu plus de 200 lits et places et 7 000 patients pris en charge dans tous les champs de la cancérologie. Hôpital de proximité, nous sommes aussi le centre de recours de la région pour les cancers féminins (Sénologie, gynécologie) et des enfants.

Nous n’effectuons pas toutes les prises en charge et nous sommes davantage axés sur la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Cependant, un certain nombre de patients sont intégrés dans des prises en charge partagées avec d’autres établissements de soins, en premier le CHRU de Lille, établissement partenaire de longue date. Depuis 2005, nous avons par exemple établi un groupe de coopération sanitaire avec le CHRU pour optimiser les parcours de soins et les prises en charge des patients et nous avons développé plusieurs projets en communs

 

 

Philippe Lorenzo

Comment les patients sont-ils adressés au centre Oscar Lambret ?

 

 

Pr Éric Lartigau

L’adressage est varié. Si une partie des patients prend directement rendez-vous auprès de nos équipes après avoir eu un bilan ou un diagnostic, une autre partie est adressée par des confrères hospitaliers ou libéraux. Ensuite, en fonction des situations médicales, des patients qui sont venus peuvent être dirigés vers des établissements de proximité si des soins adaptés peuvent y être réalisés ou pris en charge au Centre dans le cas contraire. Nous nous sommes ainsi coordonnés avec des équipes qui peuvent prendre en charge les personnes dans les meilleures conditions de qualité et de sécurité des soins, au plus près de leur domicile. Cela fait aussi partie aussi de nos missions que d’offrir aux patients les meilleurs parcours quel que soit leur lieu de résidence.

 

 

 

Philippe Lorenzo

Avez-vous des conventions aussi avec les autres centres hospitaliers ?

 

 

Ces conventions

permettent

de structurer

la prise en charge

médicale

 

Pr Éric Lartigau

Nous n’avons pas de conventions signées avec l’ensemble des centres hospitaliers, ce qui serait impossible. Hormis notre partenariat historique avec le CHU de Lille, Les conventions de partenariat que nous avons permettent par exemple d’avoir des médecins en temps partagés, c’est-à-dire que leur temps d’activité se dans plusieurs établissements. C’est le cas par exemple avec le CHRU de Lille ou le centre hospitalier de Tourcoing ou de Lens... Ces conventions permettent de structurer la prise en charge médicale et aussi d’avoir une attractivité médicale pour nos plus jeunes collègues en leur offrant des conditions d’exercice au mieux des intérêts des patients et de leur pratique médicale.

 

Philippe Lorenzo

Pouvez-vous revenir les actions d’enseignement que vous dispensez ?

 

Pr Éric Lartigau

Il y a deux modes d’enseignement privilégiés. Pour ceux qui ne sont pas encore diplômés, les jeunes médecins, les jeunes infirmiers, les jeunes manipulateurs, etc. nous avons des conventions avec la faculté de médecine et les instituts de formation pour accueillir en permanence des internes ou stagiaires. Ce sont plus de soixante-dix internes en médecine qui viennent au Centre tous les semestres. Pour les professionnels de santé qui travaillent dans des établissements ou en ville, l’institut de formation Oscar Lambret dispense des modules de formation continue en cancérologie, par exemple sur les pansements complexes ou l’utilisation d’une chambre implantable pour délivrer la chimiothérapie. Ce sont plus de mille personnes qui sont formées tous les ans à ces pratiques complémentaires, majoritairement de la région mais nous accueillons aussi des professionnels venant de toute la France.

 

Philippe Lorenzo

Du fait de la proximité avec la Belgique, avez-vous aussi des relations privilégiées avec des équipes belges, dans le soin, la formation ou la recherche ?

 

NouvelInstitutJulesBordet Canceropole 750

 

Pr Éric Lartigau

Nous avons de grandes complémentarités et des projets de recherche et de formation avec des équipes de Bruxelles. Une convention de partenariat a été signée avec l’institut Jules Bordet à Bruxelles qui est un institut spécifiquement dédié aux soins et à la recherche contre le cancer et également avec d’autres établissements, notamment l’université catholique de Louvain avec qui nous menons des collaborations sur certains projets stratégiques.

 

 

 

 

 

 

Philippe Lorenzo

Venons-en maintenant au dépistage des cancers. Quelles sont les actions que vous menez actuellement ?

 

Nous avons des liens étroits avec le

centre régional de coordination des dépistages

des cancers (CRCDC)

 

 

Pr Éric Lartigau

La prévention et le dépistage sont des champs qui sont dans le cahier des charges des centres de lutte contre le cancer mais historiquement, nous avons toujours été très accès sur le soin, ce qui est vraiment notre cœur de métier. Petit à petit, et pour l’ensemble des centres de lutte contre le cancer, nous venons en appui à tous ceux qui participent à la prévention et au dépistage. À Roubaix, nous allons ainsi offrir une consultation de prévention santé pour les femmes de 25 ans. Ce n’est pas que la prévention des cancers, c’est une consultation de prévention auquel nous participons très activement.

 

Dans le cadre du dépistage, nous avons des liens étroits avec le centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) parce que les médecins du centre Oscar Lambret sont référents et participent au contrôle de qualité des mammographies et à leur double lecture.

 

Nous sommes relais de toutes les actions de dépistage dans le cadre des cancers du sein. Nous sommes également très présents dans le cadre des cancers de la femme en général, notamment le cancer du col de l’utérus et les actions de vaccination contre le papillomavirus. Avec nos consultations et activités d’endoscopies digestives, nous avons des actions spécifiques de dépistage et d’actions de prévention des cancers colorectaux. Nous sommes à la fois partenaire, relais, soutien, de toutes les actions qui sont portées par tous les acteurs le réseau régional Onco Hauts-de-France qui diffuse les bonnes pratiques et campagnes d’information auprès des patients. Nous sommes aussi très réactifs auprès de l’agence régionale de santé qui va renforcer la cancérologie dans le cadre du plan régional de santé, (PRS). L’ARS va activer ce plan de façon très volontariste dans les prochaines semaines et nous sommes l’un des principaux partenaires de cette action régionale.

 

Philippe Lorenzo

Parlez-vous d’un complément au projet régional santé actuel ou du futur projet ?

 

Couv PRS 2018 2023Pr Éric Lartigau

Le projet régional de santé (PRS) actuel est actif jusqu’en 2023 mais il va être retravaillé dans les prochaines semaines. Pour les cancers, le PRS poursuit six grands objectifs dont la promotion des comportements favorables à la santé et la réduction des inégalités d’accès au dépistage ou au soin, points sur lesquels nous sommes très présents. En ce qui concerne la structuration du parcours de soins des patients, la difficulté en cancérologie c’est de passer de l’étape de la prise en charge aux étapes suivantes de soins et ce de la façon la plus fluide, la plus rapide et la plus structurée possible.

En complément, l’innovation est un champ historique des centres de lutte contre le cancer. Nous offrons les nouvelles molécules, les nouvelles techniques chirurgicales ou les nouvelles techniques de radiothérapie. Le progrès est notre cœur de métier. Enfin, nous sommes évidemment attentifs à la qualité de vie des patients et des aidants dans leur vie quotidienne. Sur le dernier point, l’optimisation du pilotage et les organisations régionales revient finalement à la structuration des parcours pour donner des clés de fonctionnement à tous ceux qui sont impliqués dans la prise en charge du cancer. Ces grands objectifs sont en train d’être réactivés et chacun des acteurs de la prévention, du dépistage et des soins vont intervenir dans leur mise œuvre opérationnelle.

 

Philippe Lorenzo

Comment la crise Covid a-t-elle affectée la mobilisation autour des cancers ?

 

Pr Éric Lartigau

On sort d’une crise sanitaire qui a rebattu les cartes et on travaille à cette sortie de crise. Il faut tenir compte de l’expériences que l’on a vécu, de l’arrêt de plusieurs semaines d’un certain nombre d’activités, notamment de dépistage. Cela a nécessité et nécessite encore aujourd’hui que l’on se réorganise pour rattraper le retard qui a été constaté dans un certain nombre de domaine. On l’a quasiment rattrapé pour les cancers du sein mais pour d’autres cancers nous avons encore du retard. Je pense notamment au cancer digestif et c’est là où le pilotage va être extrêmement important afin que les patients rentrent de nouveau dans des parcours de soins optimisés.

 

 

La première prévention du cancer 

c’est d’éviter le surpoids 

et d’avoir une activité physique

 

Philippe Lorenzo

De votre point de vue, où en est la situation des cancers aujourd’hui en région ? Note-t-on une aggravation ou va-t-on vers une amélioration ?

 

Pr Éric Lartigau

Globalement les choses s’améliorent et tout ce que nous avons évoqué va encore les améliorer. On part cependant du constat que la région Hauts-de-France est celle qui est la plus impactée en Métropole. C’est la Région présentant encore la plus forte incidence et la plus forte mortalité par cancers en 2021. Nous sommes vraiment sur un sujet de politique de santé, santé au sens large de la définition de l’OMS avec des critères qui ne sont pas que médicaux. Il nous faut travailler sur un large panel d’actions qui inclut l’alimentation et l’éducation physique. Nous sommes également la région avec le plus fort taux d’obésité en France. Le double contexte alimentaire et activité physique est un vrai sujet de santé publique car on sait que le surpoids et la sédentarité sont des facteurs de risque du cancer, des maladies cardiovasculaires, du diabète... ce que la population ne sait pas toujours.

 

La première prévention du cancer c’est d’éviter le surpoids et d’avoir une activité physique. On ne parle pas d’être un marathonien qui est une activité parfois excessive, mais une activité quotidienne comme monter les escaliers à pied, au même titre que les autres actions de prévention autour du tabac, de l’alcool, de l’alimentation, de l’environnement. Nous avons monté un programme de promotion de l’activité physique adaptée pour nos patients. Nous allons ouvrir dans les prochaines semaines une salle de sport dans l’établissement, dédiée à la fois aux patients que nous recevons et au personnel pour les sensibiliser.

 

Je suis intervenu récemment dans le cadre d’un webinaire qui était organisé pour les personnels de l’ARS afin de les sensibiliser à ces actions de prévention en santé. On a besoin de tous les acteurs, la Région, de l’Agence Régionale de Santé, de la politique de la ville... La Métropole Européenne de Lille est très active dans ce domaine, et la ville de Lille nous soutient fortement dans le cadre d’Octobre rose, qui est le mois de mobilisation autour du cancer du sein. On sent que cette mobilisation monte en charge et touche les acteurs du monde économique. Beaucoup d’entreprises se sont mobilisées pour Octobre rose, pour créer une dynamique des leurs équipes, notamment autour de l’éducation physique. On voit que c’est un sujet très bien compris maintenant par l’ensemble de ceux qui peuvent lutter contre les cancers, les soignants mais aussi chacun d’entre nous.

 

Philippe Lorenzo

 

Avez-vous des exemples d’actions réalisées par des entreprises ?

 

 

Pr Éric Lartigau Prothese mammaire decathlon

On peut citer Décathlon, une entreprise régionale, avec qui nous avons travaillé récemment sur la création d’une brassière de sport adaptée à l’activité physique des femmes qui ont eu un cancer du sein. Cette brassière permet d’inclure une prothèse mammaire ce qui permet à la femme d’avoir une activité physique soutenue en préservant sa féminité. Elle a eu beaucoup de succès et est diffusée dans les magasins et sur internet. C’est un exemple très concret d’une entreprise régionale mobilisée au service des patientes qui ont eu un cancer.

 

 

 

 

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